Yves de Prelle part en retraite

25 januari 2011

Le palais de justice perd une figure très “vieille France”, qui avait ramé à contre-courant devant la commission d’enquête sur les tueries du Brabant.

Le plus fin lettré de la maison de justice de Nivelles tire sa révérence. Ce premier substitut du procureur du roi (depuis 1988) est atteint par la limite d’âge. Il va pouvoir se consacrer à l’entretien de ses propriétés de Nivelles, des Cévennes et de la Provence ainsi qu’à l’éducation de Jean-Baptiste, son petit-fils qu’il arrive à sa cantatrice de mère de devoir abandonner bien malgré elle. L’homme de loi met alors le cap sur la butte Montmartre où il se transforme en baby-sitter.

Fin lettré? Voilà qui lui joua un mauvais tour lorsqu’il brigua la place de procureur du roi. L’avis du barreau, via son bâtonnier, ne lui fut guère favorable. “Il parle un langage inaccessible aux justiciables.” L’intéressé, reconnaît, sourire aux lèvres: “Il m’arrivait de faire des citations latines ou grecques, de m’exprimer en allemand, en espagnol ou en anglais . Mais je donnais les traductions.” Perfide, il commente. “Tous les avocats n’appréciaient pas. Sans doute ne comprenaient-ils pas…”

Élégant dans sa mise et ses propos, il fait les délices des fins esprits du palais. Des palais, plutôt. “L’ancien palais de la place Albert Ier, c’est celui des bas-fonds, qui est bouffé par les acariens et le vert-de-gris. L’autre (NDLR, celui dans lequel il vient de terminer sa carrière tout en étudiant le chinois), c’est celui de la Haute.” Comprenez celui qui est construit sur les hauteurs de la rue Clarisse.

Magistrat-dirigeant du parquet de police de l’arrondissement judiciaire de Nivelles depuis le 1er mai 2000, Yves de Prelle de la Nieppe jette un regard professionnel sur le mode de vie des Brabançons wallons.

“On constate une diminution du nombre des grands excès de vitesse. Mais qu’est-ce qu’on peut ingurgiter comme boissons alcoolisées du côté de Wavre! À Nivelles, ce sont surtout des cas sociaux.” Une de ses premières autopsies l’a marqué, celle d’un homme pendu à une branche d’arbre. À ses côtés, un vélo. Il ne restait que quelques lambeaux de chair.

“À notre grand étonnement, il portait une chaussette blanche intacte. À y regarder de plus près, on découvrit une myriade de vers qui avaient colonisé le bas de la jambe. Il m’a été impossible d’avaler les pâtes à la grecque commandées par l’équipe du juge d’instruction Alfred Joris.”

Un autre gros morceau qui, passez-nous l’expression, lui resta sur l’estomac, c’est l’enquête sur les tueries du Brabant. “La piste des Borains? Pas crédible. Celle de prédateurs? Encore moins. Les deux commissions d’enquête parlementaire devant lesquelles je me suis présenté ont confirmé mes dires, une entreprise de démolition de l’État belge, la seule hypothèse de travail, que des Français, Hollandais et Anglais ont d’ailleurs avalisée.”

“Je ne me suis certes pas attiré la sympathie agissante de mes pairs ni de mes supérieurs, mais j’avais tenu à rendre compte de ma volonté largement éprouvée de toujours faire primer les valeurs d’honneur, de vérité et d’intégrité sur toutes les autres considérations telles qu’une confortable loyauté corporatiste.”

Bron » L’Avenier

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