Tueries: un dossier “gonflé” pour éviter la prescription?

1 juli 2014

Le mandat d’arrêt de Jean-Marie Tinck maintenu après l’apparition d’un nouveau témoin. Tant de nouveaux éléments qui surviennent alors que le débat sur la prescription est ravivé: réelle coïncidence?

La chambre du Conseil de Charleroi a confirmé mardi le maintien en détention de Jean-Marie Tinck, incarcéré depuis un mois et demi dans le dossier des Tueries du Brabant. Au cours d’une audience à huis clos, Me Mairiaux avait pourtant plaidé l’absence d’éléments permettant de justifier le maintien en détention de son client. “Les charges n’ont pas évolué depuis le mandat d’arrêt, a déclaré l’avocat à l’issue de l’audience. Par contre, ceux à décharge s’accumulent: l’ADN n’est pas concluant, le test du polygraphe est passé haut la main par Tinck, la perquisition à son domicile ne donne rien, l’analyse de son PC et les écoutes téléphoniques non plus. Peu importe la gravité du dossier, le maintien en détention ne se justifie plus”.

En ce qui concerne la confrontation réalisée lundi entre Jean-Marie Tinck et un nouveau témoin récemment apparu dans ce dossier, l’avocat donne peu d’informations. “En tout cas, elle n’incrimine pas davantage mon client”, a-t-il déclaré.

Il est vrai qu’une partie du monde judiciaire commence à s’interroger sur ces rebondissements en cascade. De même que sur la manière dont les différentes autorités concernées – le parquet général de Mons et celui de Charleroi – communiquent à ce sujet. Soit de manière relativement transparente, ce qui est assez inhabituel pour un dossier de grand banditisme.

Un suspect, des témoins qui se manifestent 30 ans après les faits, des perquisitions, des auditions et de nouvelles pistes à explorer… tant de signes qui laissent à penser que les enquêteurs sont à deux doigts de résoudre l’énigme judiciaire alors que la prescription pointe à l’horizon. Faut-il y voir un message des magistrats à l’attention du législateur pour qu’il prolonge in extremis le délai, permettant ainsi aux enquêteurs de creuser quelques années de plus?

“C’est vrai que lorsque nous évoquons cette affaire avec d’autres avocats, je ressens un certain malaise. Tant de rebondissements si près de la prescription, ça paraît presque trop beau, s’interroge l’avocat Pierre Chomé. Habituellement, dans des dossiers de grand banditisme, tous les éléments apparaissent en début d’enquête. Je n’irais pas jusqu’à dire que cela résulte d’une stratégie des parquets pour provoquer un électrochoc et démontrer qu’il reste des choses à faire dans ce dossier mais, en apparence, ça y ressemble”.

Ces témoins qui se manifestent tardivement sont-ils pour autant moins crédibles qu’un témoin de la première heure? “Pas forcément, non, poursuit le pénaliste. Mais j’ai appris à m’en méfier. Au cours de ma carrière, j’ai rencontré de nombreuses personnes qui, à tort ou à raison, voulaient être associées au processus judiciaire et qui, parfois, se persuadent de certaines choses ou livrent des déclarations qui vont dans le sens de ce que veut la justice.”

Un dossier gonflé sur le plan médiatique pour inciter les politiques à légiférer dans l’urgence: le procureur général de Mons se défend d’utiliser de telles pratiques. “On ne s’amuse pas à faire des vagues, non!”, tranche Ignacio de la Serna, procureur général de Mons. “Et je rappellerais que Jean-Marie Tinck était déjà suspect en 1991 mais n’avais pas été entendu. Son interpellation il y a un mois et demi n’avait pas été communiquée officiellement mais, suite à des fuites dans la presse, nous avons été contraints d’intervenir publiquement pour éviter que des informations erronées ne circulent.”

“Par ailleurs, étant donné que les familles des victimes allaient être informées de la situation, on s’est dit que, de toute façon, tout ça allait se savoir”. Le procureur qui ne cache toutefois pas sa position en faveur d’un allongement du délai de prescription. “Dans l’état actuel de la procédure, si on parvient à arrêter les auteurs mais qu’il nous est matériellement impossible d’organiser un procès, ce serait extrêmement difficile à vivre pour les familles des victimes qui se sentent parfois menées en bateau”.

Bron » Le Soir

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