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L’ancien chef d’enquête des Tueries du Brabant estime qu’il y a une dernière carte à jouer: “Pourquoi pas une ‘taskforce de la dernière chance’?”

Renoncer à jamais à démasquer les Tueurs du Brabant ? Pour l’ancien chef d’enquête Eddy Vos, il y a une dernière carte à jouer.

Vendredi 27 septembre 1985, il y quarante ans aujourd’hui jour pour jour, les tueurs du Brabant, qui n’avaient plus frappé depuis le 1er décembre 1983 à Anderlues, attaquaient coup sur coup deux supermarchés Delhaize. À 20 h 10 à Braine-l’Alleud – trois clients tués. 20 h 35 à Overijse – cinq victimes. Pour un butin, ce soir-là, de 3 287 103 francs belges (environ 180 000 euros en valeur d’aujourd’hui).

Huit personnes seraient ensuite tuées le 9 novembre au Delhaize d’Alost, portant le bilan depuis 1982 à 28 victimes, 7 103 489 francs belges de butin (389 000 euros d’aujourd’hui), des familles marquées à vie, et un pays qui, aujourd’hui encore, attend des réponses.

L’affaire reste un mystère entier, que la justice s’apprête à refermer sur un fiasco complet. Le commissaire Vos, qui fut l’un des grands chefs d’enquête, l’acceptait en 2023 (DH 5/9/23) : “Ils ont gagné parce qu’ils ont été plus malins que nous”.

“Magiciens”

Aujourd’hui à la retraite, Eddy Vos décortique pourquoi, selon lui, les enquêteurs se sont fait avoir. “Ils nous ont piégés à la façon des magiciens qui attirent l’attention sur la main gauche quand il fallait regarder la main droite.” Il y avait une intelligence qui coordonnait tout cela depuis le début, lançait les enquêteurs très intelligemment sur de fausses pistes.

Pour Eddy Vos qui a travaillé quinze ans dans l’affaire, “il y a quantité d’exemples où les auteurs nous ont donné des indices – des télécommandes, des clés de voiture, des revues sur les armes, des feuilles déchirées où il est écrit “Pilori” avec en gras “gendarmerie à côté”, une carte routière annotée du Brabant wallon, un journal espagnol, etc. -, qui ont créé des pistes dans lesquelles nous nous sommes perdus.”

Le policier n’exclut pas que quelqu’un décidait quand, très précisément, les différentes pièces du puzzle devaient être présentées aux enquêteurs. “Le choix du bois de Hourpes (première vague, 1982-1983) puis du bois de La Houssière (2ème vague, automne 1985) avait selon moi le même but. Les éléments qu’ils nous laissaient nous ont éloignés de la vérité au lieu de nous en rapprocher. Ils savaient comment la police et la justice allaient réagir. Ils nous amenaient à enquêter sur des pistes (clubs de tir, garagistes, restaurants, etc.) qui ne menaient nulle part ou qui, en tout cas, n’ont pas abouti, malgré que plusieurs de ces enquêtes ont été reprises, ce qui nous faisait perdre des années.”

Pour Eddy Vos, les auteurs tiraient les ficelles, les menant par le bout du nez. Il y avait quelqu’un qui contrôlait tout, et les enquêteurs n’ont pas compris, en tout cas suffisamment, qu’il fallait aller “plus loin”, “trouver l’éventuel élément commun à toutes ces pistes.”

“Sans a priori”

À partir de là, Eddy Vos expose son idée, qui en résulte : pourquoi n’avoir pas réuni les dirigeants d’enquête des différentes grandes pistes. “Il aurait été utile de mettre autour de la table les principaux enquêteurs, magistrats, policiers et experts qui ont enquêté sur les grandes pistes. L’Affaire du Brabant wallon ne se résume pas à une seule hypothèse. Il se peut même que plusieurs pistes que nous avons suivies étaient valables. L’échec vient que nous avons négligé le fil conducteur. Nous détenions peut-être chacun de notre côté des éléments du puzzle qu’il aurait fallu assembler en fonction de la stratégie des auteurs”.

Eddy Vos, pour qui les auteurs auraient donc joué ce jeu très complexe avec eux. “Pourquoi pas rassembler autour de la table les dirigeants des grands axes d’enquête, ceux encore vivant qui ont travaillé au début, ceux qui ont repris le dossier et ceux qui ont enquêté sur les autres grosses affaires des années 1980, de les réunir et de les écouter sans à priori, avec un esprit ouvert et créatif”.

Une sorte de “task force de la dernière chance” où l’on verrait les dirigeants d’enquête – magistrats, policiers et experts – qui ont travaillé sur le grand banditisme de ces années, la piste Haemers, la filière boraine, les CCC, le terrorisme, l’affaire Mendez, l’extrême droite (WNP et autres), la stratégie de la tension (Gladio), les pistes liées à des éléments au sein de la gendarmerie ou des services de renseignement, à l’hypothèse coup d’État et même aux “ballets roses” et la piste française des frères Sliman que la DH exposait dès 2020, et qu’on ressort depuis peu. Pour Eddy Vos, la vraie question, aujourd’hui, est de savoir si la volonté existe encore. “Est-il réellement trop tard ?”

Bron » La Dernière Heure | Gilbert Dupont

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