“Ils ont repris pendant 14 ans des enquêtes qui avaient déjà été faites”

Débarqué de la Cellule d’enquête Brabant Wallon qu’il dirigeait, le commissaire en retraite Liionel Ruth veut parler et tout dire.

Quand la tuerie au Delhaize d’Alost a lieu le 9 novembre 1985, Lionel Ruth est dans l’enquête sur les Tueries du Brabant depuis le mois précédent. Bientôt commissaire, il prendra la direction de la Cellule Brabant wallon (CBW) dans les années 1990, mais sera brusquement écarté en janvier 2010, sur base d’accusations infondées, comme la justice – pénale et administrative – allait l’établir, trop tard, cependant, pour imaginer un retour.

Son collègue Eddy Vos, qui dirigeait le volet flamand, subira un sort identique en 2012 pour avoir, lui, refusé de communiquer l’identité d’un informateur à la juge d’instruction et au procureur du roi. Alors qu’on commémore ce dimanche le 40ème anniversaire de la tuerie d’Alost, Lionel Ruth sort du silence. “Ma mise l’écart était volontaire. On a utilisé un artifice pour me faire perdre toute crédibilité (parce que) j’avais l’oreille de la presse et des parties civiles. L’(ancien, ndlr) procureur du roi de Charleroi est à l’origine du départ des deux chefs d’enquête historiques”.

Lionel Ruth et Eddy Vos écartés en 2010 et 2012, s’installait une équipe nouvelle d’enquêteurs. Pour quel résultat? “Il faut faire le constat que l’enquête qui a suivi pendant 14 ans n’a jamais pu évoluer. Ils ont repris des recherches qui avaient déjà été faites, et notamment retravaillé sur les pièces à conviction – sans même être certain de l’origine de certaines pièces -, en se privant de beaucoup de connaissances et d’une certaine mémoire vivante. L’enquête est partie dans tous les sens. Certains ont voulu concrétiser leurs théories intellectuellement séduisantes comme l’aurait dit (l’ancien juge d’instruction, ndlr) Jean-Claude Lacroix, pour se rendre compte que ces théories étaient bâties sur du sable”.

Des dessous de l’enquête

Lionel Ruth détaille les graves divergences apparues en 2008-2009 sur la conduite de l’enquête. “Les chefs d’enquête que nous étions Vos et moi, dépendaient du juge d’instruction (Jean-Paul Raynal, ndlr), ce qui déplaisait énormément à la hiérarchie policière. Le directeur-général de la police judiciaire a alors placé à la tête de la Cellule Brabant Wallon une commissaire venue de Bruxelles, G.D. qui, dans un rapport d’évaluation, allait soutenir que le maintien des deux chefs historiques – Vos et moi – constituait un frein à la réussite du dossier. Voyant la manœuvre, les magistrats de Charleroi ont obtenu le départ de la commissaire G., ce qui n’a pas dû plaire à la hiérarchie (de la police). Et quand en janvier 2010, le procureur de Charleroi a entamé des procédures à mon encontre, il trouvait le soutien de l a hiérarchie qui accédait ainsi à ce qu’elle demandait depuis des mois: mon départ”.

Suivait, en 2012, celui d’Eddy Vos, après une période de “mise en quarantaine” comme votre journal l’expliquait à l’époque. Les années suivantes, les enquêteurs qui avaient pris le relais allaient se casser les dents. En 2017, Koen Geens, ministre (CD & V) de la Justice, pressé par les milieux flamands, bouleversait à nouveau l’organisation et déchargeait le procureur de Charleroi au profit du parquet fédéral.

Il est cruel de rappeler que ce ministre Geens faisait la promesse “d’un procès d’ici trois ans” (2020/2021). Quelle dégelée, huit ans après de tels propos!

Bref. Au parquet fédéral, une magistrate-pitbull prenait l’affaire en main. Des hypothèses hasardeuses étaient suivies, en vain, ce qui installait un climat détestable au sein de la CBW que beaucoup voulaient quitter.

Pour Lionel Ruth, “ce jeu de chaises musicales a certainement desservi l’enquête”.

Dans la DH le 5 septembre 2023, Eddy Vos tirait la conclusion “Les auteurs ont gagné. Ils ont été plus malins que nous”.

Prémonitoire. Neuf mois après, le parquet fédéral faisait le même constat et, le 30 juin 2024, annonçait la fin de l’enquête. Dans l’entretien qu’il nous accorde, Lionel Ruth parle d’un gâchis: “Je reste plus que jamais persuadé que la seule possibilité d’aboutir eût été de se remettre à travailler sur les faits, et pas sur ce qu’on croyait ce qu’il s’étaient”.

Le Géant d’1 m 92

Exemple. Samedi 13 mars 1982, en début d’après-midi, deux hommes, dont un de grande taille, dérobent un fusil dans la devanture de l’armurerie Bayard, rue Adolphe Sax à Dinant. L’arme est un Faul de calibre 10 (une sorte de canardière). Fin 1986, les enquêteurs apprennent que le vol, a priori anodin, était en réalité le premier fait de la bande. Du moins, le premier identifié. Rue Sax, un voisin de l’armurerie, qui n’est pas petit et a gardé bon souvenir, leur apprend que le plus grand des voleurs du Faul mesurait, comme lui, environ 1m92. Or la caissière d’un Delhaize braqué par la bande avait fourni la même précision.

“Le plus grand, qui se trouvait près de la caisse, était grand comme mon mari, qui mesure 1m92”. À l’époque, rappelle Lionel Ruth, le service militaire était obligatoire et les recrues défilaient au Petit-Château pour un examen médical complet.

“Par conséquent il était possible de faire une recherche ciblée sur les hommes d’environ 1m92 nés entre 1952 et 1964 et, partant de là, travailler ‘en filtre’ en commençant par ceux qui avaient un passé, étaient fichés, étaient morts de façon violente ou avaient complètement disparu de la circulation.”

Lionel Ruth va plus loin. “Les Tueries du Brabant ont mobilisé deux commissions parlementaires. Je ne comprendrais pas qu’il n’y en ait pas de troisième pour tirer le bilan. Les victimes, leurs familles, le pays, méritent de savoir ce qui s’est passé. Le bilan, c’est un écheccuisant, un gâchis énorme.”

Bron » La Dernière Heure | Gilbert Dupont

Dossiers verbrand, wapens gepikt, slachtoffers geschoffeerd: onderzoek Waals-Brabant is één grote warboel

De gouden tip naar oud-rijkswachter C. B. werd eind 1998 bij de cel Waals-Brabant (CWB) behandeld door rijkswachters. Terugblik op wat eens werd aangekondigd als het “onderzoek van de laatste kans”.

Met honderd waren ze, voor wat was aangekondigd als het “onderzoek van de laatste kans”. Ze kregen in Jumet, bij Charleroi, een kazerne toegewezen. De politiehervorming moest nog komen, maar hier zou eind 1996 een keurkorps van politiemensen van tot dan toe rivaliserende korpsen de finale doorbraak realiseren. Het was in die tijd ongezien: speurders van zowel BOB (rijkswacht) als gerechtelijke politie die niet enkel kantoren zouden delen, maar ook informatie.

De groep werd opgedeeld. 60 mensen zouden sporen naar het klassieke banditisme uitvlooien, 40 anderen zouden focussen op “politieke” sporen. De ene groep werkte onder leiding van de Franstalige rijkswachter Lionel Ruth, de andere onder die van de Nederlandstalige Eddy Vos.

Telefooncentrale

Eind 1998 werd ze dan gelanceerd, met een persconferentie in Charleroi: de grote oproep aan de bevolking door Lionel Ruth. Een serie knalgele affiches met robotfoto’s, waaronder sommige die toen al 15 jaar stof had liggen vergaren, werden in het hele land verspreid.

Toen Marc Van Damme eind 1998 de affiche zag en zijn jeugdvriend herkende, kwam hij terecht bij iemand van het team van Ruth. “Dat was zo afgesproken”, zegt een toenmalige speurder. “Dat de mannen van Ruth dat gingen doen.”

Er kwamen 1.300 oproepen, waarvan het overgrote deel meteen de vuilbak in kon wegens afkomstig van een ruziënde buurman of iemand die de reus meende te herkennen in een gezicht waarvan de speurders wisten dat die maar 1,75 meter mat.

Dat is de vraag. Waarom beoordeelde de CWB de tip als niet relevant? C.B. beantwoordde als ex-agent van de groep Diane, met zijn gestalte en – naar nu blijkt – zijn contacten met criminelen Madani Bouhouche en Robert Beijer aan het profiel. Hij was in 1981 bij de groep Diane weggestuurd na een schietincident waarbij hij net niet een collega doodschoot. Bijna gelijktijdig met de verbanning van Bouhouche en Beijer bij de BOB Brussel, nadat die afluisterapparatuur hadden geplaatst bij hun oversten.

Al in 2001 zit de klad er bij de CWB in. Tijdens een contact met de nabestaanden loopt de 79-jarige Albert Van den Abiel, de opa van David Van de Steen, boos weg. Hij zal nooit meer terugkomen. “Voor de zoveelste keer hebben ze mij belachelijk gemaakt omdat ik vragen heb over de rijkswacht.”

Op zaterdagavond 9 november 1985 zag Van den Abiel vanuit zijn raam aan de Parklaan in Aalst een R4’tje van de rijkswacht voor de Delhaize wegrijden, enkele minuten voor de hel losbarstte en hij zijn dochter, zijn schoonzoon en zijn kleindochter zou verliezen. Hij kon daar niet bij, dat de daders klokvast schenen te weten vanaf welke minuut er geen rijkswachtbewaking zou zijn. Dat daar valse processen-verbaal over waren opgesteld. En hij daar geen vragen over mocht stellen.

Vooral medeonderzoeksleider Ruth maakte de man woest: “Die lacht ons in ons gezicht uit. Het enige wat die kan zeggen is dat ik spoken zie.”

Naar buiten communiceert de CWB dat alle sporen grondig worden onderzocht, intern rommelt het constant. Vooral jonge speurders worden er moedeloos van. Pistes die Vos wél wil onderzoeken en Ruth niet. Velen vragen hun overplaatsing. Er is nood aan een nieuwe expert ballistiek. Dat wordt Pierre Fievez, een oudgediende van de BOB Brussel die met Madani Bouhouche had gewerkt. Hij begint meteen dossiertjes aan te leggen tegen Eddy Vos.

Afrekeningen

In 2010 wordt Lionel Ruth uit de cel gezet. Hij blijkt wapens uit het Bende-onderzoek mee naar huis te hebben genomen. Rond die tijd is het aantal CWB-speurders geslonken tot twaalf. Er wordt een nieuwe directeur aangesteld bij de federale politie in Charleroi: Jean-Luc Duterme, een rijkswachtofficier die in 1983 de speurders Franz Balfroid en Gérard Bihay wegstuurde, die als eerste de Bende situeerden binnen de rijkswacht.

Een vertrouweling van Duterme laat tot afgrijzen van Vos een deel van het Bende-dossier, 3 miljoen pagina’s, verbranden. Als Vos op 19 april 2012 bezwaar maakt, heet dat insubordinatie en kan hij na 16 jaar beschikken.

Vandaag werken er bij de CWB nog vijf speurders.

Bron » De Morgen

Tueries du Brabant: un ancien enquêteur attaque l’Etat belge en justice

Lionel Ruth ancien enquêteur du dossier des “tueurs du Brabant” attaque l’État belge en justice. Il accuse ses anciens patrons d’avoir monté des dossiers judiciaires contre lui pour l’écarter du dossier.

Paris Match livre aujourd’hui les détails de cette affaire. Deux dossiers ont permis de mettre l’enquêteur sur la touche durant cinq ans. Le premier dossier concerne une arme trouvée dans une armoire qui n’avait pas été correctement répertoriée. L’autre est une suspicion de fraude à l’Inami dans le cadre des activités de son épouse. Ces deux dossiers se sont dégonflés par la suite et se sont terminés par un acquittement.

L’homme ne conteste pas l’ouverture d’enquête lorsque c’est nécessaire. Mais, ici, la légèreté des accusations aurait dû apparaitre. Il avait espéré obtenir un non-lieu en chambre du conseil, dit-il aujourd’hui: “Ce ne fut pas le cas puisqu’on est allé devant le tribunal de première instance, et puis même devant la cour d’appel”. Lionel Ruth est amer, il évoque aussi les dégâts en termes d’image.

Lors d’un récent Devoir d’enquête le procureur général De Valkeneer l’avait accusé d’avoir pris des libertés avec les procédures. Une déclaration faite alors qu’il n’avait pas encore été acquitté par la justice. Lionel Ruth dispose de tous les éléments prouvant le magistrat n’a pas dit la vérité.

C’est la raison pour laquelle il assigne également le ministre de la Justice pour obtenir réparation.

Bron » RTBF

Tueries du Brabant: le rebondissement

L’ancien commissaire Lionel Ruth attaque l’Etat belge: la police fédérale et le Procureur général de Liège visés. “On m’a volé cinq ans de ma vie et bousillé ma fin de carrière”. Ainsi s’exprime Lionel Ruth dans les colonnes de Paris Match.

L’ancien commissaire, retraité depuis 2014, qui dirigea pendant près de quinze ans la cellule d’enquête sur les tueries du Brabant attaque l’Etat belge en justice. Son avocat, Maître Uyttendaele, a déposé des plaintes au civil contre les ministres de la Justice et de l’Intérieur, mais c’est la police fédérale et le procureur général de Liège, Christian De Valkeneer, qui sont visés.

Lionel Ruth demande réparation à son ancien employeur pour son écartement, injustifié selon lui, d’une durée de cinq ans à la suite de déboires judiciaires dont il est sorti blanchi à la faveur d’un double acquittement. Quant au procureur Devalkeneer, qui conserve la haute main sur l’enquête relatives aux tueries du Brabant, le commissaire retraité lui reproche des propos mensongers qu’il aurait tenus à son égard dans l’émission Devoir d’enquête de la RTBF.

Lionel Ruth dit avoir été victime d’acharnement et de chasse aux sorcières. Derrière ces agissements, il suspecte une volonté délibérée de lui nuire aux fins de l’écarter de la cellule Brabant wallon au moment où, en 2010, il gênait l’orientation prise par l’enquête.

Bron » La Dernière Heure

Charleroi: l’ex-chef d’enquête de la cellule du Brabant wallon acquitté

Lionel Ruth, ex-chef d’enquête dans le dossier des Tueurs du Brabant a été acquitté par le tribunal correctionnel de Charleroi, ce lundi, dans une affaire de faux et escroqueries liées aux activités d’infirmière de son épouse. Le commissaire a également été blanchi pour le détournement d’une arme relative aux Tueries.

En 2008, le Grand Hôpital de Charleroi (GHDC) se constituait partie civile contre Françoise C., une infirmière qui effectuait des prestations comme salariée et comme indépendante, via sa société de soins à domicile. Un patient s’était plaint d’avoir été avisé par l’INAMI de prestations dont il n’avait pas fait l’objet. L’enquête menée avait alors révélé que Françoise C. était la recordwoman de Belgique en matière de soins de plaies pour les années 2006 et 2007, période durant laquelle elle était pourtant en burn-out.

Selon le parquet, elle aurait effectué 4.857 prestations de ce type sur une année, en plus des soins classiques. L’enquête menée par l’INAMI a permis de constater que 366 prescriptions médicales n’avaient pas été réellement signées par les médecins qui auraient approuvé les soins prodigués par la prévenue. Or, celle-ci a rentré des attestations auprès des mutuelles pour toucher les tiers-payants. Au total, le préjudice s’élevait à 38.000 euros, déjà remboursés par Françoise C..

Lionel Ruth, l’époux de Françoise C., se voyait reprocher le fait d’avoir paraphé certaines attestations. Le commissaire a toutefois expliqué qu’il était actionnaire de la sprl de son épouse et qu’il avait agi en toute bonne foi, pour l’aider dans son travail administratif lorsqu’elle était en burn-out. Lors des perquisitions menées dans ce dossier, une arme relative à l’enquête sur les Tueurs du Brabant avait été retrouvée dans une armoire de la Cellule de Jumet.

Saisie en 1986, elle avait été rendue à sa propriétaire en 1991 mais cette dernière n’avait pas voulu la récupérer. Or, aucun document de sortie n’a été rédigé à l’époque. En 2008, la propriétaire a dû se régulariser auprès du gouverneur et a demandé une attestation à M. Ruth qui l’a rédigée, inscrivant que l’arme était saisie alors qu’elle ne l’était pas. Sur ce point, le parquet n’avait pas insisté, le commissaire n’ayant aucun intérêt à faire un faux. Ce dernier a d’ailleurs plaidé la bonne foi.

Ce lundi, le tribunal a acquitté Lionel Ruth, tant pour le détournement de l’arme que pour les faits relatifs aux activités de son épouse. Pour cette dernière, le tribunal a reconnu une culpabilité partielle pour l’ensemble des faits retenus à sa charge. Elle bénéficie de la suspension du prononcé.

Bron » La Nouvelle Gazette