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Pierre Romeyer avait vu les tueurs du Brabant en action

L’un des grands chefs de la cuisine belge, Pierre Romeyer, est donc décédé, jeudi, à l’âge de 88 ans. Élevé au rang de baron, Romeyer a dirigé la Maison de Bouche, à Hoeilaart, l’un des rares trois étoiles du pays.

C’est moins connu: Romeyer était un témoin clé dans les tueries du Brabant. Le 30 septembre 1982, il se rendait à la Maison de Bouche, dans sa Range Rover, quand il assista, à l’entrée de Hoeilaart à l’échange de tirs entre les tueurs (en fuite après l’attaque de l’armurerie Dekaise à Wavre – un policier tué) et deux gendarmes lancés à leur poursuite.

Les gendarmes étaient bon tireurs mais mal armés. Avec des 9 mm au lieu de 7,65, les tueurs ne s’en seraient sans doute pas sortis. Les deux vagues de 1983 et 1985 (27 victimes) n’auraient tout simplement pas eu lieu.

En 2010, nous avions revu Pierre Romeyer dont le témoignage nous semblait important. Il était le premier à parler de “professionnels”. À décrire le physique d’un “malabar”. Et surtout, Romeyer affirmait avoir reçu, après les faits, dans son restaurant, un appel pour lui conseiller de la fermer s’il tenait à sa peau.

En juin 2010, Pierre Romeyer à 80 ans. Il se souvenait d’une “route sinueuse” et de “deux voitures pourtant qui le doublent dans un tournant, une bleue (la VW Santana des tueurs) puis la R4 des gendarmes de la BSR de Wavre. J’ai pensé qu’ils étaient fous de rouler comme cela. J’ignorais qu’on venait d’abattre un policier à Wavre.”

“À l’entrée de Hoeilaert, j’entends les tirs. Je m’arrête. La voiture des gendarmes a bloqué celle des tueurs. Dans ma Range, je suis à 150 mètres. Un type est sorti. Il vise les gendarmes. Ceux-ci ripostent. Le type monte dans la Santana qui démarre. Les deux gendarmes sont à terre. J’ai shooté dans leurs armes. J’ai appelé le 900 (devenu le 100) depuis le garage Mercedes. J’ai soulevé la tête du gendarme (Roland Campine) jusqu’à l’arrivée des secours.”

Excellent fusil (il a chassé en Afrique et tirait dans un club à Wavre), Pierre Romeyer les a observés. Il relève que les tueurs “n’hésitent pas à aller au contact” et “savent tirer”. Le “malabar”, selon lui, était en position Cooper. “Calme, déterminé, grand self control, bien entraîné, formé de façon spécifique, un professionnel. Il ne tirait pas pour blesser.”

Quant à la méthode Cooper, Romeyer explique que pour “dominer sa peur, Jeff Cooper conseillait de considérer l’être humain sur lequel on tire comme une carte à jouer”. À 150 mètres, Romeyer ne pouvait voir grand-chose. Le malabar, dit-il, était “costaud, en tout cas plus d’1,80m”. Les deux dans la Santana avaient le visage découvert et étaient “maquillés”.

Alors qu’il est arrivé plus tard dans son restaurant survient ce qu’on appellera l’Incident Romeyer dont on ne sait encore aujourd’hui ce qu’il faut en penser : ce fameux coup de fil lui conseillant de se taire.

En réalité, c’est la secrétaire qui a décroché. Romeyer est donc témoin indirect. Selon la secrétaire, l’homme avait l’accent” bruxellois”.

Pour le cuisinier, la question était : comment savoir qu’il se trouvait à Hoeilaart, à moins d’avoir un complice à la police ou la gendarmerie, puisqu’il avait expressément demandé qu’on fasse le silence sur sa présence?

Pierre Romeyer fut entendu le lendemain des faits puis ce fut fini, à part quelques coups de téléphone toujours du même enquêteur. On lui montra des photos, c’était toujours celle du même homme qu’il ne reconnaissait pas. Il ne semble pas y avoir eu de véritable enquête sur le coup de fil. Romeyer, qui avait un port d’arme, disait qu’il n’avait pas peur.

En 2016, l’épouse du cuisinier disparu cette semaine répondait que son mari, bien que diminué, ne retirait rien à son témoignage.

Bron » La Dernière Heure | Gilbert Dupont